Victorine Rachel Taty, auteure d’un ouvrage sur le secteur informel au Congo : «L’objectif de mon ouvrage est d’amener les acteurs du secteur informel vers une maîtrise de leurs activités»

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Victorine Rachel Taty vient de publier un ouvrage intitulé: «L’unité de production informelle et la comptabilité: expérience du Congo». Paru aux Editions Cesbc Presses, dans la collection ThèmA, en France, il a été imprimé, pour un premier tirage, à deux cents exemplaires. Cet ouvrage compte 130 pages, réparties en deux volets comprenant, chacun, deux chapitres. Le premier volet porte, tout d’abord, sur la connaissance du contexte général du secteur informel au Congo.

A partir d’un échantillon des acteurs de ce secteur, l’auteur recense les difficultés relatives à la tenue de la comptabilité. Cette prise de conscience documentaire et pratique conduit l’auteure au deuxième volet sur la distinction des activités du secteur informel. Victorine Rachel Taty termine son ouvrage par l’appréciation des impacts des résultats de cette réflexion sur le plan comptable et institutionnel. Pour elle, «l’objectif de cet ouvrage est d’amener les acteurs du secteur informel vers une maîtrise de leurs activités». Dans l’interview qu’elle nous a accordée, elle développe, avec détails, toutes ces informations sur son ouvrage.

* De quoi parlez-vous exactement  dans votre ouvrage?
** Il sied de vous dire, dès l’entrée du jeu, que mon ouvrage met en exergue la réalité socio-économique et institutionnelle de notre pays, à partir d’un double constat.
Le premier constat relève des institutions internationales. La République du Congo ne s’algine pas encore sur les standards internationaux qui caractérisent les pays performants ou émergents, du fait de l’environnement des affaires peu attractif pour les investisseurs étrangers d’une part, et des faiblesses relevées en matière de normes et pratiques de comptabilité et d’audit des entreprises privées et parapubliques d’autre part.
Le deuxième constat relève que l’économie congolaise, étatisée durant plusieurs années, a progressivement évolué, à partir des années 90, vers une économie libérale dominée par  le secteur pétrolier. Mais en marge de cette croissance, s’est développée, de manière concomitante, une économie informelle. D’où la répartition de l’activité économique entre le secteur formel et le secteur informel.
Si, dans le cas du secteur privé formel et parapublic, l’on remarque une insuffisance des pratiques en matière de comptabilité et d’audit financier, avec pour corollaire l’absence de transparence  financière, le secteur informel, quant à lui, se caractérise  par l’absence totale de statistiques, qui obère les comptes nationaux. C’est cette particularité du secteur informel qui m’a interpellée.
Par «l’unité de production informelle (U.p.i) et la comptabilité», je n’entends pas étudier  le secteur informel, encore moins à le formaliser. Je propose plutôt des mécanismes d’une traçabilité de ses activités économiques, tout en limitant les bouleversements qui pourraient impacter les usages de ce secteur informel et qui pourraient briser sa dynamique.
En effet, en l’absence de la pratique de comptabilité, certaines unités de production  informelle engloutissent tous azimuts des finances dans des activités qui les conduisent à la perte. La comptabilité étant le recensement et la mesure économique de l’activité et du patrimoine d’une entité économique (entreprise, collectivité, association, Etat, administration publique et autres).
La finance est, quant à elle, l’art de la gestion des fonds. Aussi, l’absence d’une pratique, qu’elle soit comptable ou financière, expose l’entreprise à l’incertitude et à la précarité.
Par la pratique de comptabilité, j’entends: «acceptation progressive, par les acteurs  du secteur informel, d’une tenue de comptes simplifiée de leurs activités économiques». Il s’agit de faire acquérir des réflexes comptables aux acteurs économiques et de le leur faire intérioriser comme valeur. Bien entendu, il s’agit non pas d’un système qui soit applicable aussitôt, mais elle jette les bases d’un processus qui s’instrumentalisera, de manière progressive dans le temps, et qui impliquera l’ensemble des acteurs (U.p.i), l’administration, l’ordre des experts  comptables, les centres de gestions agrées (C.g.a) et tous les décideurs en la matière.

* Quel est le message que vous adressez aux lecteurs?
** Face à cette préoccupation, je tiens à vous dire que cet ouvrage est beaucoup plus technique. Il est destiné aux professionnels, aux chercheurs et aux étudiants. Je présume que l’intérêt de ce livre pour les lecteurs porte principalement sur les objectifs ci-après que je vise:
- une grande partie des acteurs du secteur informel évolue dans la précarité du fait du non-suivi économique de leurs activités. Bien que certains opérateurs qui y œuvrent  connaissent une prospérité, ils jouiraient d’une meilleure croissance avec les pratiques comptables. Aussi, l’objectif de cet ouvrage est d’amener les acteurs du secteur informel vers une maîtrise de leurs activités, pour les faire sortir de la précarité et booster leur potentiel de développement;
- pour la profession comptable, ce secteur se présente comme un marché potentiel  qui donnerait de la matière aux experts comptables, du fait de l’élargissement du portefeuille tant en nombre de clients qu’en terme de missions qui seraient de facto diversifiée. En effet, au-delà des services traditionnels, les experts comptables devront aussi s’investir en conseil, pour aider ces acteurs du secteur informel à réussir dans leur métier;
- au niveau institutionnel, ce travail contribuerait à réduire l’opacité du secteur informel, du fait de l’absence de statistiques. En effet, l’assistance qu’apporteraient les professionnels de la comptabilité au secteur informel conduirait à la production des chiffres qui seraient repris  dans les comptes nationaux. Ce qui constituerait une source d’informations qui enrichirait les données de la comptabilité de la Nation qui, de ce fait, sont appauvries par manque d’informations sur le secteur informel.

* Pourquoi ce titre?
** La notion même d’«informel» sonne comme un fourre-tout dans lequel on retrouverait des éléments qui, sortis de là, pourraient être disposés de manière  graduelle, du négatif au précieux. Cet informel que nous côtoyons au quotidien dans tous les domaines, ne peut pas nous laisser indifférents. Cet environnement au caractère insaisissable s’appréhende lorsque nous prenons juste un peu de temps pour l’observer. A partir de l’observation des pratiques des acteurs, l’on s’aperçoit que ces hommes et ces femmes qui y évoluent ont besoin des outils qui leur permettraient de tirer un meilleur profit de leurs activités.           
   
Propos recueillis par Grâce-Désirée BAH