Littérature : Privée de son «or» vital

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Dans son roman «L’or des femmes», paru cette année, aux Editions «Noirs nrf Gallimard», Mambou Aimée Gnali, écrivaine congolaise, montre comment les coutumes ont empêché une jeune fille de vivre et mourir avec l’homme qu’elle aura, elle-même, aimé de tout son cœur et de toute son âme. La cérémonie de dédicace du livre a eu lieu, le 28 mai 2016, à l’I.f.c (Institut français du Congo) de Pointe-Noire.

En présence des autorités locales, dont Alphonse Nkala, directeur départemental du livre et de la lecture publique de Pointe-Noire, et Fabienne Bidou, directrice de l’I.f.c de Pointe-Noire. Pour suivre la présentation faite de «L’or des femmes» par Frédéric Pambou, critique littéraire.
D’un côté, Bouhoussou, une ravissante jeune fille, d’une beauté aussi irréprochable que celle de Vénus. De l’autre, le jeune Mavoungou, à la beauté apollonienne et à la vigueur herculéenne. Ayant grandi l’un à côté de l’autre, dans un même village, Bouhoussou et Mavoungou se sont aimés, depuis leur tendre enfance. Au champ, à la rivière, en balade, ils ne se quittaient jamais d’une semelle. Ils rêvaient ensemble, bâtissaient des projets pour leur progéniture. A la place des lèvres, des dents et de la langue, chacun utilisait son cœur pour dire à l’autre: «Je t’aime». Un amour qui tournait à plein régime, au rythme des battements de leurs cœurs. Si bien qu’ils se sont juré fidélité, jusqu’à la fin de leur vie. Comme Philémon et Baucis, dans la mythologie grecque!
Malheureusement…Personne de ces deux adorables amoureux n’avait imaginé que leur romance deviendrait, par la suite, une chimère. Ils n’avaient jamais su que dans cette société, une fille n’avait pas le droit, ni la liberté de choisir son conjoint. Car, ici, ce sont les parents qui choisissaient un conjoint à la place de leur rejeton, dès la naissance. Voire depuis le fœtus. Bouhoussou n’était donc pas destinée à Mavoungou. Et ce dernier ne pouvait pas vivre avec la femme qu’il aura, lui-même, choisie et aimée. Alors que dans cette société, deux slogans étaient à la mode: «Bakal wol» (l’homme, c’est de l’or pour une femme, en vili) et «Wol mogno» (l’or, c’est la vie, en vili).
Si les quelque deux cents personnes présentes à l’I.f.c se sont émues de cette histoire aussi bien passionnante que pathétique, elles ont acheté, en une poignée de secondes, toute la centaine d’exemplaires disponibles, ce jour-là. Ce qui traduit, vraisemblablement, l’irrésistible soif de savoir davantage comment Bouhoussou et Mavoungou ont vécu le reste de leur vie, dans une société qui leur aura fourni tous les éléments possibles pour déduire que la vie est absurde, lorsqu’on ne peut pas vivre avec le conjoint de son choix.
Les 163 pages du roman de Mambou Aimée Gnali constituent donc des galeries d’accès dans les profondeurs des us et coutumes loango au 19e siècle. Et le langage simple et précis utilisé par l’auteure, elle-même native du Kouilou, berceau de la civilisation loango, sont, sans conteste, le flambeau susceptible d’éclairer et orienter quiconque voudrait réussir une sorte de pérégrination dans les méandres jusqu’ici insondables de cette civilisation qui aura rayonné au fil des siècles au bord de l’Atlantique.
Et si le livre peut, dans une certaine mesure, constituer un pont entre le passé et l’avenir d’une société, l’ancienne fonctionnaire de l’Unesco, ancienne ministre congolaise de la culture et auteure de plusieurs autres ouvrages à succès, vient de léguer à la postérité, l’ouvrage qu’il faut avoir lu. Tant, les thèmes (violences faites aux femmes, rites nuptiaux, interdits de toutes sortes, etc.) demeurent d’actualité, dans plusieurs sociétés contemporaines.
Ce roman paru aux Editions «Noirs nrf Gallimard» pourrait, alors, aider à mieux concilier tradition et modernisme.

John NDINGA-NGOMA

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