Contribution des produits forestiers non ligneux à l’atteinte de l’OMD1 en République du Congo

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L’Afrique Centrale abrite le deuxième massif forestier de la planète, après celui de l’Amazonie. Ce massif regorge une grande diversité de ressources biologiques naturelles, au rang desquelles les produits forestiers non ligneux (PFNL) figurent en bonne place, de par l’abondance et la diversité des espèces existantes.

 

Ce massif forestier, auquel appartient la République du Congo, abrite environ 100 millions d’habitants dont les moyens d’existence dépendent en grande partie de l’exploitation, souvent informelle, des forêts naturelles. Selon les informations de la Banque mondiale données par Enoch Loubelo1, environ 90% des populations les plus démunies de ce massif forestier utilisent au quotidien les produits forestiers non ligneux (PFNL) pour satisfaire leurs besoins de subsistance et aussi comme source de revenu et d’emplois. La forêt constitue pour ces populations une source importante, de nourriture, de plantes médicinales, ornementales, d’énergie, de matériaux de construction, d’équipements de pêche, de biens et d’ustensiles.
En adhérant aux Objectifs du Millénaire pour le développement, la plupart des pays se sont engagés à réduire de moitié, d’ici 2015, le nombre de personnes souffrant encore de faim et de pauvreté dans le monde. C’est évidemment au sein des communautés dépendant des forêts tropicales et/ou équatoriales pour leur survie, que les enjeux pour la réalisation de cet objectif (OMD1) se font le plus sentir. En effet, c’est dans ces zones de forêt que la pauvreté tend à être plus diffuse et plus profonde. La précarité des conditions de vie qui en résulte place l’homme devant ses responsabilités et l’expose fréquemment à une exploitation irrationnelle des ressources naturelles que lui offre son environnement immédiat.
Dans cette dynamique de lutte pour la survie, de nombreuses espèces forestières, exploitées à des fins alimentaires, font l’objet d’une intense activité de cueillette, et cela au détriment d’une gestion durable de la ressource, gage des lendemains meilleurs pour les générations futures.
La République du Congo, située au cœur de l’Afrique Centrale, n’est pas épargnée par ces pratiques de gestion irrationnelle de certaines des ressources naturelles exploitées à des fins alimentaires et nutritionnelles. L’un des produits forestiers non ligneux appelé Gnetum.spp, largement consommé sous forme de légume par la majeure partie de la population, fait l’objet de cette intense exploitation qui alimente, de manière presque régulière, des circuits commerciaux relevant du secteur informel: ce produit forestier est en voie de disparition.
En effet, d’après de nombreux auteurs, le Gnetum.spp est une plante très recherchée pour la qualité nutritionnelle et thérapeutique de ses feuilles, largement consommée en Afrique centrale et même exportée en Europe. Au fil du temps, les disponibilités de cette ressource, qui se récoltait aisément dans des forêts avoisinantes des villages, commencent à devenir rares avec le risque de priver ainsi les générations futures de ce précieux légume comme le montre la photo1 ci-dessous.
Récolte traditionnelle et abusive du Gnetum.spp
Face à la pression de l’homme, les premières initiatives de la préservation et de la domestication de ce produit forestier non ligneux, ont été amorcées au niveau de l’université Marien Ngouabi. Pendant plusieurs années (1979-1996), le Professeur Mialoundama2 et son équipe ont mené en station des essais de domestication du Gnetum.spp. Les résultats de ces essais, pourtant concluants en station expérimentale, ont porté sur le développement des investigations touchant à la productivité de ce PFNL (Identification des pieds-mères performants, multiplication végétative, conditions de culture et amélioration génétique). Ils ont été à la base d’un éveil de conscience sur la possibilité de valorisation, de préservation et de domestication des produits forestiers non ligneux en général et du Gnetum.spp en particulier.
Essai de domestication du Gnetum.spp en station expérimentale
Fort des résultats de la Recherche sur les possibilités de domestication et de gestion durable des PFNL, la FAO, a apporté son appui technique dans la mise en œuvre du projet «Renforcement de la sécurité alimentaire en Afrique Centrale à travers la gestion durable des produits forestiers non ligneux». Cet appui avait pour but d’aider les pays membres de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) notamment Gabon, Cameroun, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine, République du Congo et République Démocratique du Congo, à contribuer de manière durable, à l’amélioration de la  sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, à travers une exploitation et une  utilisation rationnelle des PFNL en général dont le Gnetum.spp en particulier.
Au Congo Brazzaville, la mise en œuvre de ce projet a permis de poursuivre une expérimentation qui est devenue concluante: celle de la domestication du Gnetum.spp.
Pour mener à bien ces études, une approche participative a été développée pour assurer non seulement une forte implication des acteurs de cette filière de cueillette du Gnetum.spp dans la collecte des données, mais aussi et surtout pour l’éveil de la conscience des communautés de base sur la nécessité de s’approprier la culture d’une gestion durable des ressources naturelles.  
Les activités de domestication du Gnetum.spp ont été au centre de la préoccupation du projet. Elles ont été conduites dans deux sites comprenant chacun dix villages pilotes. Il s’agit du site d’Abala dans le département des Plateaux et de celui de Madingo-Kayes, dans le département du Kouilou (Au niveau de chacun de ces sites, les communautés de base, organisées en groupements d’intérêt communautaire (GIC) ont bénéficié d’un renforcement des capacités sur deux plans.
Sites pilotes d’Abala et de Madingo-Kayes
Au premier plan, le projet FAO leur a apporté son assistance technique sur le bouturage du Gnetum.spp en milieu réel3. Ainsi, dans les forêts autour des villages, où la ressource Gnétum.spp, exposée à la surexploitation devenait de plus en plus rare, chaque groupement a pu monter et gérer une pépinière de ce PFNL. Pour en arriver là, le projet a mis à la disposition de tous les bénéficiaires l’ensemble des outils techniques. Ces résultats très appréciés et surprenants pour les communautés rurales, ont connu la participation des peuples autochtones pourtant voués aux activités de cueillette de tout temps. Un groupement d’intérêt économique constitué par ces peuples autochtones a été enregistré sur le site d’Abala.
Préparation en milieu réel du terrain de domestication du Gnétum.spp
Au deuxième plan, les activités de renforcement des capacités développées ont concerné l’organisation de la filière Gnetum.spp à travers une série des formations ciblées sur l’Analyse et le développement des marchés (ADM)4. Le projet a renforcé les capacités des entrepreneurs locaux en s’inspirant des idées conceptuelles de l’approche analyse et développement des marchés (ADM) et d’autres outils tels que les voyages d’études et les études de base. L’approche ADM de la FAO permet aux entrepreneurs d’identifier les produits potentiels et développer des marchés qui fourniront des revenus et des bénéfices sans entraîner une dégradation de la ressource. La formation des bénéficiaires sur l’approche ADM  a permis de mettre en contact les acteurs intervenant dans la filière Gnétum.spp, depuis la cueillette, la domestication, le transport et la commercialisation de ce PFNL. Les échanges entre les différents acteurs de cette filière ont eu pour intérêt majeur l’organisation de la filière dans un contexte de développement durable de la ressource afin de garantir  une contribution efficace  de ce PFNL à la sécurité alimentaire des générations actuelles et futures. Un accent particulier a été mis sur l’analyse des chaînes de valeur des PFNL, des sites pilotes aux marchés les plus proches.  Les principaux PFNL, les défis et les opportunités des filières y afférentes ont été identifiés à travers les études de base et les descentes sur le terrain effectuées dans les sites pilotes. Dans chaque site pilote, le projet a facilité la formation des PME sous la forme de groupes d’intérêt communautaire (GIC) ou de groupes d’intérêt économique (GIE), aux techniques et connaissances entrepreneuriales ainsi qu’à l’élaboration d’un plan de développement d’entreprise (PDE). Au total, 44 bénéficiaires des deux sites ont pris part à cette formation.
En conclusion de ce qui précède, il est important de noter que les résultats enregistrés sur la domestication du Gnetum.spp marquent un important point de départ vers la gestion durable des ressources naturelles qui contribuent de manière directe ou indirecte à l’atteinte de l’OMD1. La domestication du Gnetum.spp ouvre ainsi de bonnes perspectives de domestication d’autres PFNLs encore soumis à une intense exploitation par l’homme, pour leur importance dans la vie des communautés de base. Le fait de se soucier de la disponibilité de ces ressources naturelles et de leur durabilité permet de jeter les bases d’une gestion rationnelle qui fait appel aux principes de développement durable. A côté du Gnetum.spp on cite les marantacées qui sont largement exploitées pour leur utilisation en tant que feuilles d’emballage lors de la cuisson du manioc qui est l’aliment de base des populations congolaises. D’autres PFNLs subissent encore ce triste sort d’une exploitation abusive par l’homme. L’heure est donc venue d’impliquer les différents acteurs intervenant dans l’utilisation des PFNLs de pouvoir intérioriser la nécessité d’une gestion durable et rationnelle des ressources naturelles en général et de celles qui contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations d’autre part, le tout sous l’angle de la gestion des filières. Enfin, la structuration des filières des PFNLs sera à la base d’une création d’emplois stables qui vont générer des activités génératrices de revenus et contribuer ainsi à la lutte contre la pauvreté.
    
(Footnotes)

1 Impact des produits forestiers non ligneux sur l’économie des ménages et la sécurité alimentaire: Cas de la République du Congo par Enoch Loubelo

2 Le koko ou Mfoumbou (Gnétacées): Une plante alimentaire d’Afrique Centrale par  Fidèle Mialoundama

3 Rapport final du projet «Renforcement de la sécurité alimentaire en Afrique Centrale à travers la gestion durable des produits forestiers non ligneux»).

4 Rapport de mission (2011) du projet «Renforcement de la sécurité alimentaire en Afrique Centrale à travers la gestion durable des produits forestiers non ligneux»).

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